A quelques jours des élections régionales et européennes, le Président du PS, Elio DI RUPO, a tenu à rappeler les défis majeurs que notre pays devra relever dans les semaines et les mois qui viennent, et le rôle important du PS face à de
tels défis :
Ø Le défi budgétaire : au niveau fédéral comme dans les entités fédérées, la crise financière a un impact douloureux sur le budget. Pour revenir à l’équilibre, le PS
refuse un plan d’austérité qui ferait payer une deuxième fois la crise aux citoyens. Le PS souhaite un effort progressif, via un plan de relance et des mesures renforcées contre la fraude
fiscale.
Ø Le défi environnemental : la
protection de notre environnement, les dangers liés au réchauffement climatique, les coûts de l’énergie et l’épuisement progressif des sources d’énergie traditionnelles constituent
indubitablement un défi majeur pour notre société et pour les générations à venir. Pour le PS, cette préoccupation centrale passe non seulement par la réduction de notre consommation d’énergie et par une politique ambitieuse alliant emploi et
environnement, mais aussi par une révolution des mentalités dans l’ensemble de nos politiques publiques.
Ø Le défi communautaire : nous devrons entamer dans les mois qui viennent des
négociations institutionnelles qui seront capitales pour la configuration future de notre pays. Parmi les francophones, le
PS est le parti qui allie l’expérience, la fermeté et la capacité de dialoguer pour éviter toute paralysie communautaire de notre pays.
Ø Le défi économique : après les dégâts considérables de la crise financière,
la création d’emplois et d’activités à Bruxelles et en Wallonie constitue certainement LE défi que devront relever les autorités publiques. Pour y répondre, le PS veut faire de l’esprit d’entreprendre le fondement du dynamisme régional, pour mettre les Wallons et les Bruxellois au cœur de la relance
économique.
Ø Le défi social : face aux difficultés financières, budgétaires et
économiques de notre pays, la tentation sera facile, chez certains, d’aller chercher les moyens au sein du département le mieux géré : la Sécurité sociale. Le PS s’y opposera avec force. Les
socialistes refusent d’entrer dans une phase de régression sociale, dont les premières victimes seraient les plus démunis et les pensionnés.
Et pour répondre à ces défis, les deux Ministres-Présidents Charles PICQUE et Rudy DEMOTTE ont présenté aujourd’hui les 10 mesures phares que le PS entend défendre si les
électeurs choisissent de soutenir la mise en place d’une majorité progressiste, avec le PS, le 7 juin prochain.
Ces 10 priorités s’articuleront nécessairement autour d’un plan stratégique ambitieux pour chacune
de nos Régions.
En Wallonie, le Plan Marshall 2.0.
Le Plan Marshall initié par le
PS a lancé une nouvelle dynamique pour le redéploiement de la Wallonie. Plus que jamais, le PS veut poursuivre et renforcer cette dynamique. Il
faudra notamment y intégrer la dimension « enseignement », amplifier
la concentration des moyens sur les secteurs porteurs et ouvrir les pôles de compétitivité aux acteurs économiques bruxellois. Ce plan Marshall 2.0 consacrera des investissements massifs
dans la recherche et la formation liée aux métiers du développement durable (éco-construction,
assainissement des friches industrielles, économies d’énergie, traitement des eaux et des déchets, etc.).
A Bruxelles, un
nouveau Projet de Ville pour répondre aux défis urbains de demain
A l'aube du 21ème siècle, la Région bruxelloise est à un tournant de son histoire. Un nouveau
Projet de Ville doit être mis en œuvre, en concertation avec tous les acteurs, pour répondre à un quadruple défi:
-
le défi de l'essor démographique qui impose de renforcer nos efforts en
particulier pour la création de nouveaux logements, de places dans des crèches et des écoles accessibles à tous, ainsi qu’une mobilité performante et une réflexion sur l'organisation des
fonctions dans la ville (reconversion des bureaux, protection des espaces verts et des espaces de convivialité, zones de loisir de commerce...) ;
-
le défi de l'emploi et de la qualification face aux effets ravageurs de
la crise économique provoquée par la faillite du système financier ultralibéral conjugués à l'essor démographique, qui amène de plus en plus de jeunes sur le marché de l'emploi
;
-
le défi environnemental qui implique que Bruxelles devienne un modèle
en matière de développement durable, tenant compte de critères sociaux ;
-
le défi de l'internationalisation qui constitue plus que jamais la
vocation de Bruxelles et qui doit réussir à inclure et à profiter aux habitants de la ville.
1. Une véritable alliance environnement-emploi
Le PS ambitionne de lancer un vaste plan de rénovation énergétique des bâtiments privés et publics, en associant l’ensemble des partenaires sociaux, comme l’a fait l’Allemagne. Ce plan ambitieux,
outre les économies d’énergie qu’il procurera aux ménages, permettra la création de plusieurs milliers d’emplois à la fois peu et hautement qualifiés,
et non délocalisables. Il conviendra pour cela de définir les métiers, les profils et les publics cibles, afin de
développer une politique de formation appropriée à ces nouveaux secteurs.
2. Tirer TOUTES les écoles vers le haut
Tous les enfants méritent d’avoir le meilleur enseignement, d’aller dans de bonnes écoles. Pour
cela c’est l’ensemble de nos écoles que nous devons tirer par le haut. Et cela implique nécessairement d’avoir des équipes éducatives renforcées, motivées et outillées pour encadrer au mieux les
élèves dans toutes les écoles.
Le PS veut accentuer les efforts pour les écoles qui en ont le plus besoin, en augmentant surtout le nombre d’enseignants
dans les écoles accueillant des élèves en difficulté. C’est le principe de « l’encadrement différencié » adopté sous cette législature, avec déjà 1.400 enseignants et personnels
d’encadrement prévus dans les écoles accueillant un public fragilisé. Le PS veut augmenter le nombre d’écoles concernées et augmenter le nombre de professionnels de l’éducation recrutés, surtout
dans les écoles qui éprouvent le plus de difficultés sur le terrain.
3. Une formation d’excellence pour chaque
jeune
Le redéploiement de nos Régions passe nécessairement par une meilleure valorisation des talents
wallons et bruxellois. Et le meilleur outil est sans conteste une excellente formation.
Pour le PS, il est essentiel de rapprocher le monde du travail du monde de l’école et de la
formation. Cela passe notamment par une revalorisation de l’enseignement qualifiant : tous les jeunes qui suivent ce parcours doivent bénéficier
d’équipements de pointe et de stages en entreprises, pour leur fournir les meilleures chances de trouver un travail de qualité dès la sortie de l’école. Pour atteindre cet objectif, le PS veut renforcer les collaborations entre les
établissements et les réseaux d’enseignement au niveau des bassins scolaires. Ce n’est qu’en concentrant les moyens, en lien avec les partenaires
sociaux et le monde du travail, que l’on offrira à chaque jeune une formation d’excellence à proximité de chez lui.
En parallèle, le PS veut doper la formation professionnelle, en particulier pour les métiers d’avenir (cfr l’alliance
emploi-environnement) et les métiers en pénurie. Il faudra non seulement investir massivement dans la
formation aux métiers techniques, scientifiques et manuels, mais aussi revaloriser ces métiers pour donner aux jeunes l’envie de les
exercer.
4. Le plurilinguisme, un atout pour
chacun
Le PS veut également miser sur l’un des principaux
atouts de Bruxelles et la Wallonie : notre position au cœur de l’Europe. Nous devons exploiter cet atout, et développer une économie ouverte sur l’Europe et sur le monde. Le plurilinguisme des Wallons et des Bruxellois doit être une des priorités de la prochaine législature. L’apprentissage d’une autre langue devra idéalement débuter dès la 1re primaire et
nous devrons continuer à augmenter le nombre d’écoles en immersion. Le PS veut aussi élargir le « Plan Langues », généraliser la maîtrise
d’une langue à l’issue des études supérieures ou encore augmenter le nombre de bourses favorisant l’immersion linguistique.
5. Consacrer 3% du PIB à la recherche
Investir dans la recherche et l’innovation, c’est investir dans
l’avenir. C’est se doter d’avantages
concurrentiels, créer des emplois et assurer la prospérité de nos Régions. Pour le PS, nous devons nous inscrire pleinement dans l’objectif européen de consacrer 3% du PIB à la recherche, dont
2/3 via le privé, et développer la recherche dans les secteurs porteurs tels que l’énergie, le développement durable et la santé.
6. L’accès au Logement pour Tous
Une politique
audacieuse doit contribuer à faire du droit au logement une réalité pour tous les Wallons et les Bruxellois. Cela passe tout d'abord par la poursuite de la construction de logements publics et la reconversion des surfaces de bureaux obsolètes.
Mais le PS souhaite
aussi que des mesures volontaristes soient prises pour réguler le marché locatif privé. Ainsi, le PS propose de fixer un loyer de référence tenant
compte des caractéristiques et de la situation du bien et d’encourager fiscalement et par des primes les propriétaires qui construisent et rénovent des logements, moyennant une convention
alignant les loyers pratiqués sur les loyers de référence.
Enfin, le PS souhaite
encourager les citoyens à acheter leur propre logement, notamment en diminuant les droits d'enregistrement ou le précompte
immobilier.
7. Investir dans l’aide aux personnes et la qualité de vie
L’aide et l’accompagnement aux personnes représentent
également un gisement d’emplois qui répondent à des besoins sociaux importants. L’amplification de l’investissement de nos Régions dans ces emplois
permet donc d’atteindre un double objectif : augmenter l’emploi et améliorer l’offre d’aide aux personnes.
Le PS veut notamment créer 10.000 nouvelles
places d’accueil à Bruxelles et en Wallonie d’ici 2014 pour les tout petits. Les socialistes souhaitent diversifier l’offre en proposant des crèches dans les gares et dans les zonings
d’activité économique, des haltes garderies près des centres de formation, ou un accueil plus flexible en dehors des heures de bureau. Ils souhaitent aussi que les parents puissent trouver dans
leur commune un guichet unique pour les informer sur les places disponibles. En parallèle, il est essentiel de répondre au grand défi du 21e siècle, qui est celui de l’allongement de l’espérance de
vie. Pour le PS, les ainés doivent pouvoir vivre heureux chez eux le plus longtemps possible, en développant une aide à domicile plus souple et en implantant davantage de logements publics
adaptés mais aussi en soutenant les expériences innovantes comme l’habitat intergénérationnel ou l’habitat kangourou. Le PS veut aussi améliorer le confort dans les maisons de repos ainsi que
leur accessibilité financière.
A Bruxelles et dans les grandes villes de Wallonie, la rénovation à
l'échelle des quartiers doit être au cœur de la lutte contre les inégalités et les injustices sociales. Elle est impérative pour garantir une cohésion sociale harmonieuse et éviter l'émergence de tensions ou les situations d'insécurité. C’est pourquoi le PS souhaite
améliorer la qualité de vie dans les quartiers difficiles, mettre en place des outils de remédiation sociale ou scolaire et stimuler les activités économiques et commerciales dans les zones les
plus fragilisées. Une telle politique permettra de lutter contre les phénomènes de ghettoisation et contribuera à créer en amont, la mixité sociale nécessaire à l'épanouissement de
tous.
8. Repenser la mobilité
Le PS veut développer une politique transversale et
planifiée de mobilité durable qui garantisse à chacun une réelle liberté de mouvement, en toute sécurité, tout en favorisant au maximum les modes de déplacements les moins nuisibles pour
l’environnement. Il s’agit en priorité de donner envie aux gens de prendre et reprendre les transports publics – qu’ils habitent en ville ou à la campagne – en améliorant l’offre, la
fréquence, l’accessibilité, la propreté et la sécurité de ceux-ci. Il faut aussi renforcer la complémentarité entre les divers modes de déplacements, dans un souci de multimobilité. Le PS veut en
outre instaurer la gratuite TEC et STIB pour les jeunes jusqu'à 24 ans et un abonnement plus avantageux pour les jeunes travailleurs.
Par ailleurs, pour anticiper le risque de paralysie de
Bruxelles, il faut impérativement développer le réseau de transports en commun, et en particulier celui du métro avec la réalisation d'une nouvelle ligne de métro sur l'axe
Nord-Sud. Le PS souhaite également tendre vers la gratuité des transports en commun bruxellois, via la prise en charge progressive du coût par le Fédéral. En attendant cette solution de fond, il faudra
élargir la tarification sociale.
9. Les « Assises de la bonne gouvernance »
Cette gestion moderne et novatrice des deux Régions, au service de
leurs citoyens et de leurs entreprises ne pourra sortir pleinement ses effets sans l’adoption de nouvelles règles de bonne gouvernance par les membres des Gouvernement, Parlement et services
publics tous niveaux de pouvoirs confondus. A cette fin, le PS souhaite la tenue d’« Assises de la bonne gouvernance » qui réuniront des
représentants de tous les partis démocratiques et des membres de la société civile et dont les résultats devront être mis en œuvre au plus tôt.
10. Une fédération Wallonie-Bruxelles forte
Le renforcement des liens institutionnels entre Bruxelles
et la Wallonie permettra d’atteindre plus rapidement les objectifs définis précédemment. Une meilleure articulation entre les compétences communautaires (comme l’enseignement par exemple) et les
stratégies de développement régional est également indispensable. A cette fin, c’est une véritable Fédération bi-régionale Wallonie-Bruxelles que nous voulons développer. A l’instar du Parlement actuel, son Gouvernement devrait devenir l’émanation des deux Gouvernements régionaux (Gouvernement
wallon et Collège de la Cocof).
A côté de la nouvelle fédération Wallonie-Bruxelles, il est
impératif d'intensifier les relations constructives entre les différentes Régions du pays : Bruxelles, la Wallonie mais aussi la Flandre afin de développer des stratégies économiques
complémentaires et lutter contre les concurrences contreproductives.
Di Rupo, le sphinx et le phénix
A l'agonie il y a quelques jours encore, Élio Di Rupo renaît une nouvelle fois de ses cendres et savoure tranquillement.
Martial DUMONT
On le croyait à terre, usé, lessivé, miné par les affaires qui allaient amener son parti tout droit dans l'opposition, conclusion logique d'une rénovation manquée. On le pensait KO pour le compte sous les coups de boutoir façon Pulp Fiction de Reynders qui employait l'arme atomique là où tout le monde emploie l'arme conventionnelle. Et on le voyait lassé, soufflant, se demandant ce qu'il avait fait pour que personne ne s'intéresse « au fond » et au bilan du PS. Abattu aussi par la maladie de son frère, décédé hier midi des suites d'une longue maladie.
Dix fois, vingt fois, on lui a demandé s'il était prêt à démissionner en cas de raclée historique lors des élections. On en était à chercher le nom de son successeur.
Et puis le voilà, au lendemain du scrutin, qui a rebondi une fois de plus. Reparti comme en '40. Drôle de zèbre, ce Di Rupo. Curieux phénix.
Cet espèce de miracle permanent, de résurrection perpétuelle, est évidemment due à une furieuse envie de s'accrocher au pouvoir.
Mais sa longévité, il la doit aussi à un sens aigu de la stratégie politique et à un culot monstre.
Ainsi, durant les derniers mois, il a endossé une énorme carapace pour encaisser les missiles d'en face. Jamais il n'est sorti de ses gonds. Jamais il n'a réagi à une agression par une autre. Pas d'escalade. un vrai sphinx. Il a attendu, arc-bouté, en se disant que sa patience payerait... et que la crise gouvernementale fédérale puis bancaire ferait le reste.
Coup de poker Puis vint l'affaire Donfut, ultime clou dans son cercueil pensait-on. Et les sondages. Ces « maudits » sondages qui donnaient le PS plus bas que terre. Incompréhensible pour Di Rupo qui n'imaginait pas, que les électeurs puissent envoyer « sa » gauche dans l'opposition à un moment où, estime-t-il, les valeurs du PS prennent une importance fondamentale. Et ces sondages, il les a bien interprétés. Contrairement à Reynders qui est tombé dans le piège.
Alors, Di Rupo a été rechercher ses ouailles par la main. En ostracisant le MR. En bipolarisant le débat. En expliquant qu'un gouvernement sans le PS mènerait au bain de sang social à tous les coups.
Son « je ne gouvernerai pas avec le MR » un soir, sur la RTBF, a sonné comme un rassemblement des troupes. Fini de rire les amis, expliquait-il en substance. « La gauche, le social, c'est nous ».
Ce disant, il savait très bien qu'il allait mobiliser l'énorme machine de guerre militante socialiste. Et rallier à sa cause une partie des indécis. Mais aussi une partie de l'électorat de gauche d'Écolo de plus en plus effrayé par la perspective d'une alliance avec les libéraux de Reynders.
Ce soir-là à la télé, Di Rupo a marqué des points. Il a joué un véritable coup de poker de dernière minute qui lui a permis de limiter la casse au soir du 7 juin en causant un véritable électrochoc.
Il aurait pu tout perdre, aussi, y compris sa présidence.
Il a pris le risque. Au bon moment. Et ça lui a réussi. Et le voilà aujourd'hui sur le point de négocier un Olivier à Bruxelles et en Wallonie.
Avec, cerise sur le gâteau pour lui, le plaisir de voir Reynders sur un siège éjectable.
Reynders assis sur un volcan
Didier Reynders est assis sur un volcan de militants décus. Il est prié d'amener le MR au pouvoir. Sinon, ça pourrait chauffer pour lui.
Catherine ERNENS
Louis Michel faisait « une gueule jusque par terre ». Didier Reynders r avalait sa salive nerveusement. Il régnait une ambiance glaciale au bureau de parti du MR, lundi matin. Personne n'a applaudi les 300 000 voix de Louis Michel. Personne n'a applaudi non plus Didier Reynders. Sauf quand les caméras sont entrées. Là, les mandataires MR ont gentiment tapoté dans les mains.
Silence lourd. Critiques rares. Une mandataire l'a ouverte. Elle a reproché au patron des bleus de ne pas vouloir reconnaître la défaite. Le débat a flotté autour de cette question. Reconnaître le recul publiquement, oui ou non. Puis, les mouches ont volé.
Les libéraux sont mal dans leur peau. Ils sont désarçonnés par le soutien que le PS a finalement reçu. « On essaie de comprendre. On dit que le MR en a remis une couche en trop les deux dernières semaines », explique un élu. « On est même en dessous des scores de 1995 », signale un mandataire libéral, très amer.
La base en veut au patron. « On nous a resservi Ducarme qui a oublié sa déclaration d'impôt alors que le PS a traversé 32 vrais scandales en vingt ans . Pourquoi ?», dit un militant. Et de reprocher : « à force de taper, Didier Reynders a fait peur. Et n'a pas parlé de nos projets, de nos valeurs » .
C'est la tragédie du chef. Dans la victoire, il reçoit souvent les lauriers. Dans la défaite, il porte toujours la croix. En 2007, quand Reynders avait gagné son pari et son centre de gravité, il s'était montré plus dur que cette fois pendant la campagne. Mais ici, le MR ressort affaibli, limite groggy. Alors, c'est la faute à Reynders et à son insupportable arrogance.
Lundi matin, au bureau du MR, l'atmosphère était étouffante. Olivier Maingain, le président du FDF, est intervenu. « Il faut être unis », a-t-il plaidé. Les libéraux se sont tous mis en ordre de marche derrière une position collective. Négocier une majorité à Bruxelles, d'abord. Et puis voir venir.
Entre les « Reynders boys » et les « Michel boys »
C'est entendu. Personne ne mettra le feu tant que le MR garde une chance d'être au pouvoir. « Il n'y a pas eu de révolution de palais. Pas encore. Mais si le MR est jeté pour dix ans dans l'opposition à Bruxelles et en Wallonie, ça va barder », prévient un responsable du parti.
Si le MR devait se reprendre cinq ans d'opposition, la fracture interne du parti pourrait alors éclater au grand jour. Entre le courant anti-socialiste très fort, très agressif, celui des « Reynders boys ». Et le courant plus fédérateur, plus rond, celui des « Michel boys ». Le parti est divisé. Les deux leaders ont chacun leurs alliés.
C'est pour cette raison qu'un coup à la Bart Somers n'a pas eu lieu au MR. Et n'aura pas lieu. Somers, le président de l'Open-VLD, a démissioné dimanche. Il a été remplacé sur le champ par Guy Verhofstadt. Mais le recul des bleus flamands est net, contrairement au MR. Et Somers avait joué à l'amateur en tentant d'acheter un élu de son opposant direct, Jean-Marie Dedecker.
Didier Reynders reste aujourd'hui en place. Il est chargé de trouver la porte d'entrée des majorités régionales. Il a envoyé son éclaireur, dans ce but, Armand de Decker. « Mais est-ce la bonne personne , franchement? », interroge un proche. « Il est conscient de ses limites. Il n'y va même pas lui-même », commente un autre. Reynders joue gros.
Envoyer Louis Michel pour négocier et séduire le grand gagnant reste pourtant un atout majeur pour le MR. « Louis Michel n'a jamais attaqué Écolo pendant cette campagne. Pas une morsure, pas un tackle », fait remarquer un vert. « Le staff Reynders, lui, n'a pas compris ça. » Mais Louis Michel n'apparaît pas, pour l'heure, comme l'alternative évidente pour les libéraux. « Il n'incarne pas précisément le renouveau. Et c'est lui qui a conclu des alliances avec le PS par le passé », raille un membre du bureau. Alors qui s'il fallait remplacer Didier Reynders? Charles Michel, le fils ?
Pendant ce temps, Reynders tente d'être fin et tacticien. Et même serein. Il doit arrêter d'allumer son juke-boxe et de l'agiter dans tous les sens, dès qu'Elio Di Rupo y glisse cinq cents sur un plateau de télévision. Ça vaut en sens inverse pour le président-ennemi du PS. Le volcan de la base libérale tremble. Didier Reynders refroidira-t-il les ardeurs ?
Javaux, le président aimant
Jean-Michel Javaux est le président-héros de ces élections. Tout son parti l'adore. Toute une population l'adule. C'est la nouvelle idole.
Catherine ERNENS
Pari rempli. Progression 100 %. Écolo double ses scores. Les écolos n'en o nt plus que pour l'ami Jean-Mi. Et pour cause.
Enthousiaste et curieux de tout et de chacun, Javaux a pris la tête d'Écolo après les grosses défaites. Il a mené une stratégie de reconstruction section après section, secteur après secteur. Il a construit une toile de relations partout. Dans les syndicats comme dans le monde de l'entreprise. Il a attiré les contraires. Et rassemblé autour de lui. Javaux agit comme président exactement comme un aimant. Cet incroyable travail rend cette victoire encore plus énorme pour lui.
Et puis, Jean-Michel Javaux est le seul président de parti « pur ». Les autres sont tous là depuis très longtemps. Il a de la fraîcheur plein les mains pour ses électeurs. Au moment où les trois autres commencent (ou achèvent) de lasser, Javaux monte en reconnaissance.
Cette victoire lui donne une puissance inespérée. C'est aussi le seul des quatre présidents à reconnaître, à l'aise, ses faiblesses. Il clame qu'il fait la sieste, qu'il fait la fête, qu'il fait passer ses enfants d'abord. Les autres présidents lui lancent des yeux jaloux. On lui pardonne tout. On apprécie même. On dit qu'il n'est pas un malade de pouvoir comme les autres qui cumulent tout.
Javaux incarne aujourd'hui la modernité politique, au-delà de l'écologisme. Il a tourné le dos aux gros pulls en laine de chèvre et aux fromages trop bio. Il préfère parler des gourdes qu'il met dans le cartable de ses enfants alors que leurs petits camarades de classe ont tous des berlingots. De l'écologisme de tous les jours et pour chacun.
Enfin, et c'est une donnée qui pourrait se révéler essentielle, Javaux comme Durant sont les deux seuls à avoir eu le culot, l'audace et l'outrecuidance à mettre le PS dans l'opposition dans leur commune. Javaux est la nouvelle idole de toute une région. C.Ern.