Faire de la politique ? Oui, mais comment...
Aujourd’hui plus que jamais, et l’actualité le démontre une nouvelle fois, il existe une fracture entre les citoyens et le monde politique.
Si nous ne ressentons pas comme ailleurs l’abstention étant donné que le vote est obligatoire, il n’en demeure pas moins que au fil des dernières décennies de nombreux citoyens se sont désintéressés de la politique, les jeunes en particulier.
En effet, depuis les années 80, la fin des idéologies a ruiné les espoirs que beaucoup entretenaient dans l'action politique. Peu à peu, l'impuissance relative des responsables politiques à réussir à changer la vie a changé la donne.
En parallèle, s'est installé un défaut de sens. Or, il y a bien un moment où il faut s'interroger sur le sens du mouvement. Cette capacité d'interrogation est absente car la capacité d'action politique s'est effacée au profit de la logique de marché. Pour développer l'engagement politique, il faut se réapproprier une véritable capacité d'action politique en redéfinissant son espace, ses acteurs et son contenu.
Ne nous méprenons pas, les citoyens ne se détournent pas de la politique mais de la façon de faire de la politique. Les méthodes, les affaires, la méconnaissance de l’action d’un politique au quotidien, le manque de pédagogie afin d'expliquer en quoi une mesure institutionnelle ou globale aura des incidences concrètes (et lesquelles) sur la vie de chacun, a amené un désintérêt pour les figures autrefois emblématiques et leur action.
La politique intéresse toujours mais les formes de cet intérêt ont changé. En fait, de plus en plus de citoyens souhaitent avoir droit à la parole, non pas forcément pour convaincre, mais pour exprimer leurs avis. Il suffit de se balader sur la toile ou dans la blogosphère pour s’en rendre compte. A l’heure de l’individualisme croissant, la pensée unique est proscrite. En est-il de même pour un projet de société qui se décline grosso modo en 4 versions dans notre paysage politique francophone? Face à l'impuissance de réussir a changer la vie, le marketing politique a envahi la scène.
Faire de la politique autrement. Ces quelques mots ressemblent drôlement à un slogan de campagne. Ces mots nous les entendons trop souvent. Est-ce une impression? On dirait que ce ne sont que des mots. Ceux qui disent cela ne font-ils rien d’autre que ce que font les autres?
Les slogans sont faits pour être séduisants et humanistes mais à part nous promettre le bonheur, ont-ils éveillé ou attiser nos regards critiques ? Fini les soporifiques, la drague, les idées sexy, il est temps de travailler sur le rationnel et l’éducation citoyenne. Autrement dit : c’est quand qu’on pense ?
Aveuglés par ces images marketing et par les raccourcis trop raccourcis relayés par les médias, les gens ne savent pas ce que les politiques font. Quand leur expliquent-ils leurs actions et leur quotidien. Cette impression conduit à la méfiance. Cela leur donne également l’impression (est-ce vraiment une impression ?) que la politique se fait sans eux une fois les campagnes électorales et les élections passées. Que pensent et que veulent les citoyens ?
Les politiques travailleraient-ils plus facilement sans avoir les citoyens « dans les pieds » ? Ceux qui pensent avoir la vérité certainement, mais pas ceux qui respectent le mandat qui leur a été confié et que ne le perdent pas de vue. A ce niveau, il est important de retrouver un équilibre justement établi entre l'écoute et la prise en considération de l'opinion publique que l'on représente et être à l'avant-garde.
Plutôt que des cibles, faisons des citoyens des acteurs. La concertation ? la participation ? Ces pistes sont pertinentes, oui, mais pas n’importe comment et pas de la manière dont on l’entend habituellement. Il faut développer d’autres manières de s’organiser et de participer politiquement. Comment ? Un levier semble résider dans les mouvements collectifs et associatifs. Appeler l’imagination et la créativité de chacune et chacun qui veut s’impliquer dans la construction de la société dans laquelle il vit. Créer des espaces des lieux qui engagent à mettre en commun. Des endroits où on pose les problèmes plutôt que de proposer des solutions clé sur porte. Des espaces de dialogue pour tout le monde. Pas dans le but de mettre en avant l’un ou l’autre dirigeant ou mandataire, mais permettre l’union de tous. Unir pour construire ensemble, d’en bas et à gauche mais aussi avancer en se questionnant.
Nombre de citoyens qui veulent développer une action citoyenne s'organisent dans le mouvement associatif considérant que l'action politique est trop souvent cantonnée à des tâches électoralistes. Le maillage entre ces deux dynamiques devrait pouvoir être redéfini.
Parlons également des forces vives de la gauche. Tant au niveau des structures qu'au niveau des militants, comment a-t-on construit le renouvellement générationnel? Certaines générations se sentent tout à fait délaissées. A une époque où la politique n'apparaît pas nécessairement, dans l'univers des trentenaires et quarantenaires notamment, comme l'activité sociale la plus valorisée, et à l'heure où ils concrétisent carrière et famille, ne sont-ils pas justement une force de proposition qui répond aux préoccupations d'une frange non négligeable de la société? Il en va forcément de même dans le grand public.
Se pose également la question de l'écolage des plus jeunes qui se lancent dans l'aventure politique. Fonctionner autrement, cela ne voudrait-il pas dire également comment remettre en question les systèmes établis?
Faire de la politique autrement c’est aussi et surtout ROMPRE avec un mode de fonctionnement de part et d’autre : de la part des acteurs politiques mais aussi de la part des citoyens qui souvent jouent la carte du client quand une circonstance particulière et difficile s'impose à eux.
Ensemble, faisons de la politique autrement !